mercredi 28 décembre 2011

Sears menace de fermer des magasins

Aux environs de ma fête (début octobre), à chaque année, le facteur nous livrait un de ses plus gros colis: le catalogue de Simpson--Sears. Bon, entendons-nous. C’est vrai qu’après un certain temps, le Simpson a pris l’bord. N’en demeure pas moins qu’à Chicoutimi, on change pas un nom aussi important que ça de même, du jour au lendemain. Tout ça pour dire que même si y’était juste écrit “Sears” dessus, c’est quand même resté longtemps “le catalogue de Simpson-Sears”.

Première étape, bien personnelle, c’était de vérifier si l’édition de cette année était plus ou moins épaisse que celle du bottin de téléphone régional. Bien que logeant un au-dessus de l’autre sur le ti-banc de téléphone qui faisait aussi office de porte-journaux, magazines et autres publications usuelles du genre, je les mettais, juste une fois, un à côté de l’autre pour en évaluer l’épaisseur. Ben chers, la plupart du temps, c’était Simpson-Sears qui l’emportait. Pour tout vous dire, c’était bon signe. Signe de quoi? Je ne saurais vous dire, mais de savoir que Simpson-Sears était plus épais que le Saglac, moi, ça me réjouissait secrètement.

Première partie: linge de madames. Zéro intérêt. Deuxième partie: linge de monsieurs. Bof. J’y jetais parfois un oeil à la demande de ma mère pour que je lui décrive quelques morceaux, en prévision d’éventuels cadeaux de Noël et d’anniversaire pour mon père, mais sinon, pas d’intérêt. Enfin, pas encore... Troisième partie: linge pour les enfants. Faut pas se l’cacher, y’avait quand même quelques belles pièces. Ici un beau gilet, là une froque pas pire, des fois, mais rarement, des culottes le fun. Or, souligner une pièce en particulier signifiait que je risquais de l’avoir en cadeau à Noël, ce qui constituerait, à mon sens, un cadeau plate, si on le comparait au plaisir inégalé de déballer un jeu ou un jouet. Intérêt limité, donc.

Un peu plus loin, quelque part entre les articles de salle de bain et la quincaillerie, résidaient les JEUX! Tous ceux annoncés à la télé y résidaient côte à côte, avec des images souvent minuscules des planches ou des boîtiers, et des photos plus grosses d’enfants riant à pleines dents avec des airs complètement ébahis, et les maudits prix écrits en petit, en bas de page à côté des numéros correspondant aux images des jeux représentés plus haut.

Rien, pendant des années, n’a surpassé le catalogue Simpson-Sears. En fait, rien n’a surpassé Simpson-Sears tout court. À Chicoutimi, c’était quand même un des premiers grands magasins à s’installer dans un centre d’achat loin d’la rue Racine. Fallait vraiment que ce soit big pour pas être sur la rue Racine. Pi bon, quelques années plus tard, quand y’a finalement eu pas juste un, mais deux centres d’achat à Chicoutimi et que Sears s’est fait accoter par le la Baie (au Sag, aller “au” La Baie, c’était aller dans un magasin, alors qu’aller “à” La Baie, c’était aller dans une ville. Nuance...), le grand magasin au gros catalogue a confirmé son imbattable suprématie en étant le seul magasin à rester intact après le grand incendie de Place du Saguenay. Événement imbattable s’il en est un, toute la ville de Chicoutimi s’était alors agglutinée sur le boulevard Talbot pour voir des CL-215 verser sur les flammes des trombes d’eau puisées en plein sur le Saguenay, entre Chicoutimi et Chicoutimi-Nord.

Ah le Simpson-Sears, son rayon des tapis avec ses grands échantillons accrochés au plafond, entre lesquels il faisait bon se glisser à l’insu de ses parents, son entrée sur le mail du centre d’achat qui sentait fort le parfum de madame, son resto, son unique resto dans le fond, du style cafétéria, avec zéro fenêtres, un éclairage jaune et une impression de luxe imparable.

Sears, et avant lui, Simpson-Sears, à Chicoutimi, c’était ni plus ni moins la fin d’une époque, celle de la rue Racine, du magasinage en manteau, dehors au frette, dans des magasins aux noms locaux que personnes ne connaissait à l’extérieur de la région. Simpson-Sears, c’était l’ouverture du boulevard Talbot, un stationnement dix fois plus grand que celui de l’église, un magasin neuf, moderne, grand et pas trop cher. C'était une marque américaine en ville. On devenait international nous-autres aussi. Finis les Lessard sur la côte, Gagnon Frêres, Duchesne et Tremblay meubles. Ça sonnait trop comme nous autres, ça, donc, c'était pas crédible, c'était minable à côté de Simpson-Sears.

Aujourd’hui, Sears se meurt, victime de concurrents encore plus gros que lui comme Target et Wal-Mart. L’argument, maintenant, c’est d’aller là où ça coûte pas cher. Tout simplement. Du moment qu’y a du stationnement et qu’on puisse dire à sa belle-soeur après coup combien on est bons et avisés parce qu'on a économisé en allant là, on y va. Qu’est-ce qui fera retourner le tout Chicoutimi, Québec, Trois-Rivières faire ses achats au centre-ville? À part une révolution, pas une révolution politique, mais une révolution des moeurs, eh ben je vois pas.

Jamais les médias n'iront encourager l'achat local aux détriments des grandes chaînes. Non mais qui c'est qui leur achète de la pub? Pensez-vous que Québécor et Gesca vont aller mordre la main qui les nourrit? Jamais. Tant que les gros noms contribueront à faire vivre les petits journaux et les chaînes de télé, on sera pris avec ces deux-là, commerces et médias. Peut-être Radio-Canada peut promouvoir quelques commerçants locaux, quelques initiatives locales ici et là dans un reportage ou une émission radio à 5% de cote d'écoute mais ça s'arrête là. La plupart des gens n'a plus la moindre idée de ce qu'ils gagneraient à laisser tomber les grandes chaînes au bénéfice de commerces menés par des gens de chez-eux. Ils ne veulent rien savoir. Une tite-boutique, c'est cher, un point c'est tout. La viande est moins cher au Loblaws que chez le boucher indépendant du coin, et les bobettes sont données chez Wall-Mart à comparé au petit détaillant local quelconque qui survit encore quelque part en ville.

Maintenant, imaginez un grand boycott, une population entière qui décide ensemble d'encourager les petits commerces de leur quartier ou à tout le moins ceux qui sont le plus près. Nah, voyons, je rêve.


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